Histoires

Météorite

fer (Saint-Aubin), -4,6 milliards d’années

En 1968, dans une commune proche de Saint-Aubin (Aube), un agriculteur exhumait de son champ un étrange monolithe. Ébaubi, il constatera que cette grosse pierre de 177 kilos ne ressemble en aucun cas à celles qu’il a l’habitude d’observer. Tandis que sa trouvaille restera dans un coin de grange durant des années, d’autres fragments du genre seront découverts dans la région. Cinquante ans après cette découverte, les chasseurs de météorites de la Société astronomique de France en dénicheront encore de nouveaux et détermineront qu’ils sont issus du plus gros corps céleste ayant jamais échoué sur le sol français ! Nom de code : météorite de Saint-Aubin. Un monstre forgé de fer, nickel, cobalt et phosphore, dont le poids total pouvait avoisiner les 7 tonnes.

Oeuf de Titanosaure

(Meze), - 80 millions d’années

Difficile d’imaginer qu’à la fin du Crétacé supérieur, l’Europe n’était qu’un vaste archipel. La plus grande des îles était alors l’île Franco-ibérique, de taille comparable à celle de Madagascar. Ourlé par une mer chaude et peu profonde, ce dernier drapait plaines alluviales et grands fleuves. Le site de ponte parfait pour des troupeaux de dinosaures ! Pas étonnant de constater, dès lors, que l’un des gisements d’œufs fossilisés les plus importants au monde ait été mis au jour à Mèze, petite commune située à 30 kilomètres de Montpellier. La coquille est issue d’un œuf dont le volume approchait les 3 litres. Il a été pondu par une femelle Titanosaure, un herbivore pouvant mesurer 12 mètres de long et peser plusieurs tonnes. Les débris de coquille, sans doute transportés par les pluies et déposés avec les sédiments, auront été pris dans la boue et pétrifiés pour l’éternité…

Silex

(France), Paléolithique

2,7 millions d’années : c’est l’âge des plus anciens outils taillés arrachés à la terre par les préhistoriens. Œuvres de l’homo habilis, ceux-ci étaient déjà constitués de silex. Quelque peu grossiers, ils seront perfectionnés pour devenir bifaces ou hachereaux voilà 1,5 millions d’années, grâce à la technique de la taille par percussion. Celle-ci est alors réalisée avec l’aide d’une grosse pierre, qui sert à asséner des coups perpendiculaires. L’homme de Néandertal entreprendra par la suite d’utiliser les éclats produits par ce mode de taille pour façonner couteaux, grattoirs, pointes de flèches ou même aiguilles. Très solide, plus compact que l’acier trempé, il sera utilisé bien plus tard pour la confection de l’outillage des paysans du Néolithique. Aujourd’hui prisé des industries du verre ou du béton, le plus vieux compagnon de l’homme est loin d’avoir dit son dernier mot !

Vertèbre de Mammouth

(Eich, Allemagne), 40 000 ans av. J-C

Un adversaire de taille ! Pouvant atteindre 5 mètres au garrot et afficher 4 à 6 tonnes sur la balance, le mammouth ne faisait pas forcément figure de proie désignée pour l’homme de Néandertal. Celui-ci devait, s’il entendait le chasser, manœuvrer en groupe et redoubler d’inventivité. Armé de défenses s’étirant souvent jusqu’à 4 mètres, le coriace cousin de l’éléphant était également doté d’une carapace difficile à transpercer. Le plus grand animal terrestre de la dernière glaciation (-100.000 à -15.000 ans) disparaîtra au terme de cette dernière, même si quelques populations isolées subsisteront jusqu’à -2000 ans.

Hache Viking

Fer (Grande-Bretagne), IX - Xe siècle

À l’instar du casque à cornes et des crânes humains dans lesquels on buvait l’hydromel, la hache à long tranchant fait partie intégrante de la panoplie viking. Sauf qu’elle, à la différence des premiers, a vraiment été utilisée par les hommes venus du froid. Le reste relève de la mythologie, de l’imagerie fantasmée. Si les Scandinaves bandaient souvent muscles et arcs, se livraient à des pillages, massacraient parfois les populations chez qui ils amarraient, ils ne constituaient pas seulement des brutes épaisses. Ces explorateurs s’avançaient ainsi en habiles navigateurs, actifs à partir du VIIIème siècle. Leurs nombreuses expéditions, en Normandie ou en Angleterre, mais également à Terre Neuve, Constantinople, ou même en Amérique du Nord, demeurent parmi les plus audacieuses jamais tentées par des sociétés anciennes.

Robe de Marie-Antoinette

Soie, (Versailles ), XVIIIe siècle

Jamais le plus hardi des scénaristes hollywoodiens n’aurait osé imaginer le destin de Marie-Antoinette, reine iconoclaste par excellence. Un parcours qui tisse faste, glamour et tragédie sur canevas de bouleversements historiques majeurs. L’histoire débute à la fin du XVIIIème siècle en Autriche, où sa mère la promet au futur Roi Louis XVI. Comprenant rapidement qu’on ne lui accordera qu’un rôle de figuration sur l’échiquier politique, la jeune femme entreprend de mener une vie de plaisir et futilités, à rebours des tourments du petit peuple, vent debout face aux protocoles étriqués de la cour. A bonne distance de cette dernière, elle fait du Petit Trianon son royaume dans le parc de Versailles, fraye avec son cercle d’intimes, écume les salles de jeu, organise des fêtes démesurées, monte à cheval, fait confectionner les robes et parures les plus somptueuses… Dotée d’un charme et d’une élégance incroyables, cette Reine de la mode fascine, des petites gens aux courtisans.

Poutre de la Tour Eiffel

Fer puddlé, 1889

Quelle plus belle performance architecturale que la construction de la Tour Eiffel ? Il aura suffi de deux ans, deux mois et cinq jours pour édifier ce monstre de ferraille de 7300 tonnes et 312 mètres de haut. L’aventure débute à la fin du XIXème siècle, lorsque le gouvernement français se met en quête du morceau de bravoure de l’Exposition Universelle de Paris, programmée en 1889. Le projet de Gustave Eiffel, ingénieur réputé pour ses ponts et viaducs, est retenu. Le « chantier du siècle » se met en branle au début de l’année 1887. Inaugurée triomphalement, la « Bergère des nuages », comme la nommera Apollinaire, doit néanmoins faire face aux saillies corrosives de ses détracteurs. Son avenir apparaît alors pour le moins incertain. Afin de la sauver de la destruction, Gustave Eiffel en fera un véritable laboratoire scientifique, doté des outils technologiques les plus pointus du moment. La grande dame, qui accueillera par la suite les premiers essais de radio et télévision, est aujourd’hui le monument le plus connu du monde.

”J’ACCUSE... !”

Une du journal l’Aurore (Paris), 1898

Elle brille par son austérité, ramassant six denses colonnes sous un titre rageur dont le corps typographique, presque démesuré, semble faire ployer l’ensemble du texte de son poids : « J’Accuse… ! ». Dans les bureaux de l’Aurore, on a longuement discuté de la pertinence de cette formule lapidaire, jugée in fine beaucoup plus percutante que la terne « Lettre à M. Félix Faure ». Il fallait bien cela pour soutenir le combat d’Émile Zola, via ce long pamphlet destiné au Président de la République. L’homme y met en cause les caciques de l’armée, coupables de l’indigne condamnation au bagne du capitaine Alfred Dreyfus, accusé de haute trahison sur la base d’un procès expéditif, de preuves trafiquées, et en raison de son obédience judaïque. La presse jouera à plein son rôle de quatrième pouvoir et contribuera, au fil des batailles qui suivront, à renverser l’ignoble machination.

Drapeau français

Nylon (trajet Terre-Lune-Terre) Mission Apollo 15, 1971

Saviez-vous que la mission spatiale Apollo 15 de 1971, constituait la quatrième du nom à débarquer un équipage sur la surface la Lune ? L’un des trois astronautes prenant part à cette échappée, nommé Alfred Worden, avait en effet glissé un drapeau tricolore dans son pack d’effets personnels. Pour quelle raison ? Mystère… Une chose est sûre, ce bout de tissu, aura été aux premières loges d’un record très particulier : celui de « l’être humain le plus isolé de l’histoire », homologué par le Guinness Book. Petite explication : pendant que ses compères David Scott et Jim Irwin arpentaient les plaines basaltiques de l’astre cendré, Worden était cantonné aux commandes du module Endeavour, posté à 3590 kilomètres d’eux et plus de 380 000 kilomètres de la Terre.

Aile du Concorde

Alliage d’aluminium (Toulouse) , 1975

Retour vers le futur. Le 22 novembre 1977, un oiseau supersonique à la silhouette profilée s’élançait de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, avec une promesse qui, aujourd’hui encore, laisse pantois : rallier New York en 3h30, contre 8 heures de nos jours… La performance du Concorde s’appuyait sur des caractéristiques hors-normes, avec une vitesse de croisière atteignant Mach 2,02 (soit près de 2200 km/h), 60 tonnes de poussée au décollage et une puissance comparable à celle de 5500 voitures de tourisme. Armés de leurs seuls crayons et papiers, les ingénieurs convoqueront les matériaux les plus innovants et les innovations les plus poussées en matière d’aérodynamisme, au niveau notamment des fameuses ailes au contour « gothique flamboyant ».

"DANTE"

Cachemire, par A. McQueen (Londres), 1996

Apprenti tailleur dès ses 16 ans, créateur de sa marque éponyme à 23 ans, plus jeune créateur à décrocher le prix British Designer of the Year à 27 ans, Alexander McQueen, le « loubard de la mode », débarque en 1997 à Paris. Il souffle rapidement un réjouissant vent d'insolence au sein des salons feutrés de la capitale. À travers ses créations coupées au cordeau, le Londonien manie sensibilité, noirceur, violence ou tendresse, interroge sur la société, la religion, la guerre. Le défilé de la collection Dante est en ce sens caractéristique : dans l’église accueillant l’événement, certains mannequins arborent des photos de la guerre du Vietnam sur leurs vêtements, ou des masques-crucifix. Le spectacle, acclamé par la critique, sera celui qui propulsera McQueen sur le devant de la scène internationale.

Maillot N°10

Polyester 
Porté par Zinedine Zidane lors du match France-Roumanie (Stade de France), 2002

13 février 2002. Les spectateurs du Stade de France prennent place sur leurs sièges dans un joyeux chahut. Le match amical auquel ils vont assister, entre les Bleus et la Roumanie, ne comporte pas vraiment d’enjeu. Du moins, en apparence… Dressée sur la route vers la Coupe du Monde 2002, cette opposition doit permettre de jauger le niveau véritable de la garnison hexagonale. Roger Lemerre, le sélectionneur, a aligné la quasi-totalité de l’équipe type. Sous le crachin, la figure de proue Zidane délivre une partition correcte, gratifiant de réjouissantes inspirations. Son escouade l’emporte 2-1 mais malgré la victoire, ce match pivot fait naître une multitude de doutes concernant la cohésion du groupe… Quelques mois plus tard, cependant, il relèvera la tête en offrant la Ligue des Champions à son club, le Real Madrid, grâce à un but d’anthologie inscrit en finale face au Bayer Leverkusen.

Voile de l’Hermione

Lin (Rochefort), 2014

À quoi ressembleraient aujourd’hui les États-Unis si un Français n’avait traversé l’Atlantique, en 1780, pour rallier Boston et prêter main forte à leurs fondateurs, avec quatorze compagnons pour seul équipage ? Le Marquis de La Fayette débarquait alors en pleine guerre d’indépendance. Il avait convaincu le Roi Louis XVI d’intensifier sur place le soutien aux insurgés emmenés par George Washington dans leur lutte contre les Anglais. Sa mission ? Annoncer l’arrivée, dans son sillage, du Comte de Rochambeau, à la tête de 6000 soldats hexagonaux. Son navire ? Une majestueuse frégate nommée l’Hermione, véritable Formule 1 des mers de l’époque. Après ses exploits et son naufrage accidentel en 1793, le trois-mâts tombera dans l’oubli puis se verra reconstruit à l’identique, plus de deux siècles plus tard, par des passionnés. Ceci, au prix d’un grand chantier étalé de 1997 à 2014 au sein même de l’Arsenal de Rochefort (Charentes), qui avait vu naître le monstre des mers.